
Cette expression chère à Guy Mollet est plus que jamais d’actualité. Ces derniers mois, de l’affaire Woerth-Bettencourt au démantèlement de camps de roms, la majorité présidentielle a sombré dans le ridicule avant de se rasséréner dans les racines populistes.
Il serait injuste de dire que c’est une politique de droite, c’est plutôt la politique d’une droite, dure et décomplexée qui chasse sur les terres du Front National en préparation de la future présidentielle. La droite en France, par ses courants modérés tels que le gaullisme social qui existe encore, n’a pas de tradition fasciste mais des tentations. On peut se rassurer en observant les déclarations de membres de la majorité comme Dominique de Villepin et Jean-Pierre Raffarin sur ce sujet.
La chasse au roms est ridicule car la France invente l’expulsion de ressortissants communautaires avec le risque de froisser les dirigeants roumains et magyars. Au-delà de l’ineptie juridique se pose un problème de morale. Les roms souffrent de persécutions dans leurs régions d’origines, les expulser vers ces régions c’est prendre le risque d’une montée de violence et d’exactions. La France sera-t-elle capable d’assumer le massacre d’une famille ?
Le seul bienfait de cette politique pour la majorité est que le débat autour des roms élude celui sur l’affaire Bettencourt, qui avait jeté aux oubliettes en son temps le débat sur les retraites. Là encore, le ridicule de la situation n’a d’égal que la stupeur de constater l’écart sans cesse croissant entre nos gouvernants et les réalités de la vie quotidienne. En se comportant ainsi, certains grands élus jettent le discrédit sur l’action menée par l’ensemble des responsables locaux et représentants nationaux. La sobriété devrait être le maître-mot et il suffit des histoires de caniveaux de la sarkozie au sujet du tout-à-l’égout au Cap Nègre.
Enfin, il faut positiver et se dire que l’avenir n’est pas si sombre… sauf que les jeunes populaires nous rappellent vite de quel bois ils sont faits. Une kyrielle de candidats, une élection largement contestée et au final un triomphe pour le sortant avec un score de 76 %. Un score presque trop beau pour être vrai, en effet, autant à 90 % on sent l’odeur des chaussettes sur les bulletins, autant à 51 % le vainqueur est contestable.
Sur ce dernier point je n’ai pas le cœur à rire quand je vois ce dont est capable notre propre parti. De trois listes en concurrence, nous sommes passés à une, puis zéro, puis trois. L’emploi de méthodes abjectes, consistant à recueillir les rumeurs d’adhésion à d’autres partis (dont l’Alliance Centriste pour les ligériens) n’est pas digne de notre mouvement et de l’espoir collectif que nous avons fondé en lui.
La France est un pays difficile à réformer et son système de retraites un véritable casse-tête entre l'idéal d'un régime général et la multiplication de régimes spéciaux. L'objectif de la réforme dans ce domaine c'est d'aller vers une meilleure justice sociale.
Initialement le modèle "Bismarckien" permettait de pensionner les travailleurs à partir de 60 ans ce qui correspondait à l'espérance de vie moyenne d'un ouvrier. Avec le rapport Beveridge en 1942 et son inspiration en France par Pierre Laroque quelques années plus tard on aboutit à la création de la sécurité sociale. Le contexte est alors celui d'un pays exsangue, plus enclin à accepter la mutualisation des risques. La retraite par répartition est née, les travailleurs cotisent pour payer les retraites de leur aînés et acquièrent par là même des droits pour une retraite dans le futur.
Avec le baby-boom, les recettes dépassaient les dépenses mais l'évolution de la société : ralentissement démographique, chômage et allongement de l'espérance de vie ont boulversé l'équilibre initial. Ajouter à cela la multiplication de régimes spéciaux, parfois généreux, qui ont été rattachés au régime général quand ils se sont retrouvés en faillite (artisans entre autres).
La réforme est devenue une nécessité dans le temps et les exercices se sont multipliés. La dernière en date proposée par le gouvernement porte notamment sur les points suivants :
_ Recul du départ de l'âge légal de 60 à 62 ans
_ Allongement de la durée de cotisation
_ Recul de l'âge de liquidation à taux plein de 65 à 67 ans...
Ces trois points amènent plusieurs réflexions :
En ce qui concerne l'allongement de la durée de cotisation, il faut veiller à trouver un équilibre entre la période de cotisation et la période de pension. Il est bien entendu impossible de savoir la durée pendant laquelle un cotisant sera pensionné, néanmoins l'allongement de l'espérance de vie doit être pris en considération. Sur ce point, la justice sociale c'est de permettre à celles et ceux qui ont eu des postes pénibles (psychologiquement, physiquement voire les deux) d'avoir une bonification. En ce sens, la proposition du gouvernement visant à autoriser des départs anticipés sur avis médical reste sujette à caution. A mon sens, il fallait privilégier la discussion entre syndicats et patronat pour accorder à une fonction un coefficient de pénibilité entraînant une augmentation de la cotisation employeur et une bonification pour le salarié (par exemple un trimestre en tant que caissière de supermarché vaut 1,5 car c'est un métier psychologiquement pénible dans lequel le temps partiel subit est récurrent). Lorsque la personne évolue dans sa carrière, elle peut se trouver sur des postes bonifiés ou non selon l'emploi exercé. L'objectif est d'éviter des rentes de situation corporatiste conduisant à affecter un coefficient à une branche et non un type d'emploi.
L'allongement de la durée de cotisation est une nécessité pour équilibrer les comptes à court et moyen terme en réduisant la croissance des pensionnés et en maintenant un niveau de cotisants. Toutefois, la problématique liée est celle du chômage et interroge de fait notre modèle de croissance. Il va de soi que les partisans de la "décroissance" tirent une balle dans le pied de la sécurité sociale, néanmoins, la France se caractérise par un modèle intensif dans lequel la relance passe par une intensité capitalistique plus forte (on remet au travail des machines avant d'employer du personnel). Ce fonctionnement génère un niveau naturel de chômage plus haut que des pays anglo-saxons qui se caractérisent par un modèle extensif dans lequel l'accroissement de la production de richesses, dans un contexte de relance, passe par l'emploi de nouveaux salariés. Il y a sans doute quelque chose à revoir dans notre modèle économique.
Tout comme dans notre modèle éducatif, l'allongement de la durée d'études avec l'allongement de la durée de cotisation amène à une situation dans laquelle le départ à 62 ans est virtuel. Il y a lieu de s'interroger sur la pertinence à emmener des étudiants jusqu'à bac+5 pour les payer au SMIC puisqu'ils manquent d'expérience pour occuper directement des fonctions d'importance. La formation tout au long de la vie est à prôner et le cycle de licence, renforcé, conviendrait parfaitement. Ainsi l'étudiant formé à ce niveau peut être utile à l'entreprise et occuper des fonctions de cadre (junior). Après une dizaine d'années d'expérience maximum, il poursuit un cycle de master l'amenant à un niveau bac + 5 et la possibilité d'accéder à des fonctions supérieures. Cette formation serait payée par l'entreprise et donnerait lieu, dans le cadre de la validation des acquis de l'expérience, au maintien du salaire de l'employé.
Le recul de l'âge de liquidation à taux plein de 65 à 67 est injuste. Il condamne les cotisants ayant eu des carrières non linéaires (congé parental, chômage, reconversion...) à travailler deux ans de plus alors que la France accuse un retard dans l'emploi des séniors. Il n'est pas rare d'ailleurs que certains chômeurs, proches de la retraite, soient en dispense de recherche. A quoi bon prolonger de deux ans encore ce calvaire?
D'autres questions restent en suspens : nouvelles sources de financement des retraites avec la TVA sociale et la taxe Tobin qui, en l'absence de gouvernance économique, ont peu de chances d'aboutir et la cotisation par les retraités ? A l'approche de l'intégration d'un cinquième risque, celui de la dépendance, dans le champ de la protection sociale, il nous faut nous interroger sur le modèle de société que nous voulons et sur les moyens d'y parvenir. Dans ce sens, je crois que le projet humaniste est porteur d'espoirs...
Cliquez sur l'image pour télécharger le projet humaniste
A peine la droite constatait sa défaite des régionales que par la voix de Jean-François Copé (président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale) le débat déraillait sur une loi contre la burqa.
A cette heure, il semble évident que les français ont d'autres préoccupations qu'une hypothétique loi pour réglementer le port de la burqa. Par ailleurs, cette question s'incrit comme une conséquence du débat sur l'identité nationale.
Je pense, comme d'autres, que ce débat sur l'identité nationale a été mal organisé mais que la réflexion sur ce qui fonde le sentiment d'appartenance à un pays est utile. Je crois que nous avons tous, par notre histoire héritée et celle que nous vivons des valeurs communes mais aussi originales qui font de nous des français. Il serait utile de savoir quelles sont ces valeurs et peut-être faire évoluer le tryptique: liberté, égalité, fraternité.
Le ravissement de ce débat dans une optique électorale est une erreur qui s'est payé cash dans les urnes. Essayons de relancer la discussion dans une perspective plus saine et nous serons surpris de voir que la France à l'image de l'Europe c'est l'union dans la diversité!

La rédifinition du modèle financier, passe par la remise en question du statut des traders
La BNP-Paribas dévoilait ses résultats le 4 août dernier. Suivant un mouvement comparable à ses concurrents, la banque par la voix de son PDG (Baudoin PROT, ex HEC et ENA [promotion Guernica 76]) annonce un bénéfice semestriel de 1,6 milliard d'Euros.
Les actionnaires de l'entreprise arbitrent ensuite sur la répartition de ce bénéfice. Une partie est mise en réserve pour financer les investissements (autofinancement, amortissement des investissements passés). Il y a aussi la participation qui peut être versée aux salariés. Enfin, l'impôts sur les sociétés (33,33%) vient amputer ce bénéfice, ce qu'il reste ensuite c'est le résultat net qui peut rester dans l'entreprise mais aussi être distribué sous forme de dividendes.
Une entreprise déficitaire ne peut en aucun cas distribuer de bénéfices.
Cette fois-ci, ce n'est pas la rémunération des actionnaires qui choque, c'est un autre débat. Mais, les chiffres présentés par BNP-Paribas sont amputés d'1 milliard d'euros comptabilisé sous forme de provision pour risques et charges.
Cette provision, c'est une réserve d'argent que constitue l'entreprise en vue de frais ultérieurs qu'elle devra assumer. En l'occurrence, la BNP anticipe déjà les futurs bonus qui devront être versés aux traders.
Le trader est un salarié de la banque, un cadre de haut niveau qui a pour mission de réaliser des investissements fructueux pour son entreprise. S'il rapporte de l'argent à la banque, en plus de son salaire il peut espérer une part sur ses gains. S'il est perdant, il n'aura aucun bonus et risque son emploi.
La règle du jeu est assez duale, cependant, les risques inconsidérés de certains traders ont mis les banques dans de graves difficultés l'an passé. Bilan? 0 bonus pour beaucoup de traders.
Le problème de ce fonctionnement c'est qu'il revient à passer un coup d'éponge bien rapide sur les erreurs du passés et la finance semble retomber bien vite dans ses travers.
Comment considérer le trader ?
S'il y a des traders c'est avant tout parce que les banques en ont bien besoin, charge à elles d'assumer le laxisme avec lequel elles ont traité cette catégorie de salariés. Mais le trader doit-il être un salarié ou bien peut-on imaginer un statut indépendant?
Faire de trading une profession libérale et réglementée aurait pour mérite de mettre un peu d'ordre dans la situation, de clarifier et d'imposer la distance nécessaire dans les relations entre les deux protagonistes.
Bien entendu cette évolution n'empêcherait pas forcément les dérives comme on a pu le voir dans le passé pour les experts-comptables et commissaires aux comptes (Andersen consulting par exemple). Néanmoins, le trader devenu prestataire de la banque aurait une rémunération contractuelle (avec une commission sur les bénéfices) mais aussi l'obligation de prendre une assurance le rendant responsable des pertes.
Si la société de trading honore son contrat sa rémunération se fera en conséquence, par contre en cas d'échecs, les pertes sont supportées par la société de trading ou par l'assurance selon le cas. Les risques sont donc mutualisés et non plus supportés par la seule banque. Dans cette situation on peut imaginer que la société de trading optera pour des solutions de couverture en prenant des positions opposés pour limiter les risques (exemple: 1 000 000 actions X et 900 000 options de ventes d'une action X)
La vertu recherchée, même s'il parait que le gain est proportionnel aux risques, c'est d'aller justement vers une plus grande maîtrise des risque voir une réduction de la prise de risques.